Jazz
flegmatiques et paysagers…hip-hop de slackers bichant la
contrebasse et
le xylo…cuivres vivant l’indie-rock tour
à tour comme un jubilé et une
foire d’empoigne…les Hiddentracks n’ont
de leur côté plus rien d’un
simple backing band, le moindre barouf électrique, la
moindre
digression instrumentale dégageant une complicité
et une excitation
rare en matière de prises de son live.
Il faut l'écrire maintenant pour que tout le monde le sache :
The And, septième album d'Angil, est un petit chef-d'oeuvre. Dire
que c'est mérité, que ça devait arriver
(malgré les crampes observées sur Oulipo Saliva, 2007) et
que Mickaël Mottet est l'un des musiciens les plus libres de
France, cela ne suffit pas. Le Stéphanois et ses fidèles
ont accompli un disque sans déchet, qui s'écoute bouche
bée. Miles Davis et Pavement, Otis Redding et Soul Coughing,
aucun parent n'est vraiment là, essaimé dans les
interstices de cette musique en mouvement perpétuel. Dit
autrement, l'érudition ambiante ne bride jamais l'urgence
régressive de créer du neuf et du beau.
Fébrilité, engagement, cris de tête, cris du coeur,
ludisme, résurgences, conquête d'un espace
définitivement (inter)personnel. Car la beauté de The And
tient d'abord, comme son titre oulipien l'indique, dans la
qualité de l'entente entre joueurs.
Ses Hiddentracks presque constamment en osmose, souples et
réactifs comme des jazzmen, Angil s'est même offert le
luxe d'inviter huit chanteuses et un chanteur à partager son
micro. Lipograms confirme ainsi notre pressentiment concernant Raymonde
Howard, rock et sexy à faire pâlir PJ Harvey (si c'est
encore possible), Thelma Or Louise? enlace Françoiz Breut dans
un ballet bossa groggy, In The Attic voyage avec la prêtresse
diaphane Half Asleep de glaces en mers fantômes, tandis que le
magique Sail Home met à nu la voix de Jim Putnam (Radar Bros)
avant de l'éblouir de cordes. Et puisque c'est grâce
à lui que tout est possible, Angil se réserve deux titres
parmi les plus ambitieux, déclarations de foi musicale
apprêtées pour la castagne : Finlande & Platform et
Jackson Jr. Redding. On n'en demandait vraiment pas plus.
ARTE
Pop
douillette, jazz libre, chanson intimiste : son troisième
album (sous
ce nom) bouscule les codes et propose une ouvre d'art (quasi) totale
(voir les jolies illustrations du livret) et
collective…Grâce à ce
projet collégial qui chamboule la notion d'"auteur",
ensemble de titres
parfois enregistrés en une seule prise, Mickaël
Mottet and Co.
continuent à oeuvrer à "la
démystification de l'acte de création" avec
bonheur.
Angil And The Hiddentracks est un collectif traversé par les
voix de Françoiz Breut, Jim Putnam (Radar Bros), Lætitia
Sadier (Stereolab), Emma Pollock (Delgados), Raymonde Howard...mais un
collectif allié aux convictions musicales de Mickaël
Mottet. The And, autrement dit l'indispensable association des forces,
est un opus combinant la pop et la soul, le jazz et ce quelque chose
d'autre qui met l'auditeur en émoi. Comme l'aurait dit Serge
Gainsbourg, c'est un album tubesque. Rien à balayer. Tout est
sublimement accordé. Et l'on s'accorde à chaque vibration
de ce monument d'invention musicale au point que chaque note devint un
appel à esquisser une danse, une clameur, un feu de joie. Pour
moi, The And est d'ores et déjà un classique.
Derrière cet alias se cache un autre musicien de grand talent,
et lui aussi amateur de défis impossibles : le Stéphanois
Mickaël Mottet. Capable de trousser une folk-song aussi savante et
irrésistible que le très wyattien No More Guitars
sur Teaser For: Matter, son premier album autant que de composer,
en s'inspirant de l'Oulipo de Raymond Queneau, un disque entier sans la
lettre « E » (et son équivalent musical, qui en
notation anglo-saxonne correspond à l'accord de mi) Oulipo
Saliva, le second ; capable aussi, le temps d'une excursion avec les
musiciens de Broadway au sein de The John Venture, d'offrir une vraie
réponse hexagonale au hip hop barré du label Anticon ;
avec The And, Mickaël Mottet et ses Hiddentracks
réapparaissent, une nouvelle fois, là où on ne les
attendait pas : sur le terrain de la pop ouvragée des
débuts, mais cette fois accompagnés d'un aéropage
de voix féminines, parmi lesquelles celles de Françoiz
Breut, Laetitia Sadier (Stereolab), Emma Pollock (The Delgados),
Raymonde Howard (qui publie elle aussi un nouvel album chez We Are
Unique Records) ou encore Half Asleep. Placé sous le signe de la
rencontre et de l'intensité de l'instant, ce disque, serti dans
pochette magnifiquement illustrée, ne révèle
pourtant ses beautés que sur la longueur. Car comme chez The
Chap, la pop telle que la conçoit Angil, derrière son
apparent classicisme, regorge de détails et de chausse-trape,
que ce soit au plan de l'écriture (ces modulations harmoniques
inattendues, ces rythmes faussement lascifs) ou des arrangements (avec
cette fois de très nombreux instruments « ethniques
» : mahbej libanais, gamelan balinais, cloches indiennes). Et
comme les Chap, Mickaël Mottet peut compter sur un anglais
irréprochable et une belle présence scénique pour
faire prendre à ses compositions le virage de la scène.
David Sanson
Certains albums sont comme un aller-retour au supermarché : on y
prend ce que l'on était venu y chercher, un single, une reprise
; on paie ; on s'en va. D'autres disques sont comme une balade en
forêt, insouciante, que l'on écoute l'oreille distraite
par la main de l'aimé dans sa main ; des disques à
partager, gorgés d'émotion. D'autres disques sont comme
un chemin de grande randonnée sous le pas du marcheur aguerri :
c'est soi-même que l'on vient y rencontrer, au coeur de paysages
majestueux que l'on n'aurait su imaginer, aux détours de chemins
qui ne débouchent toujours que sur de nouveaux continents
à explorer.
Certains disques sont comme des films hollywoodiens, bien
calibrés, précisément montés,
spectaculaires. D'autres sentent l'humour troupier franchouillard,
façon maréchaussée et formes de vies venues
d'autres planètes ; on y pète et on y rote autant que
l'on y joue de musique ; on y dit des grossièretés en
guise de paroles, comme si cela pouvait suffire. D'autres sont comme
des films d'auteur, qui inventent leur propre esthétique au fur
et à mesure qu'ils s'écrivent, qui font d'un studio
d'enregistrement un laboratoire, d'une partition un message secret dont
dépend le futur de l'humanité.
Certains disques sont à la musique l'équivalent du
fast-food : une bouffe hors de prix, insipide, aseptisée,
responsable de nombre de désastres digestifs dont les lieux
d'aisance se souviennent parfois longuement, fallacieuse jusque dans
ses ingrédients recomposés. Certains disques sont un plat
familial, que l'on partage le dimanche dans la chaleur d'un foyer qui
nous protège douillettement des intempéries
extérieures ; patiemment mitonné dans l'un de ces plus
vieux pots, avec l'amour et le savoir-faire inimitable d'une maman, qui
nous rappelleront peut-être avec délice notre enfance.
D'autres encore sont la spécialité d'un chef dont le
renom n'est pas emprunté, élaborés et
évidents tout à la fois, qui savent guider les papilles
vers d'insoupçonnés délices, lui ouvrir de
nouveaux horizons.
Il est des disques que l'on décrira patiemment, parce qu'il n'y
aurait rien d'autre à en dire que le nom de ses musiciens, le
nombre de cordes de ses instruments. Il est des disques que l'on ne
comprendra bien que dans un contexte, dans une histoire ; des disques
à propos desquels ce ne serait pas érudition gratuite que
de savoir retracer un cheminement, expliquer une démarche ; des
disques-concepts, parfois ; des disques intelligents, en tout cas. Et
puis il y a The And. The And est quelque chose comme le deuxième
album d'Angil & the Hiddentracks. Et c'est l'un de ces albums
riches, décomplexés, inventifs, inspirés,
créatifs, étonnants, raffinés, évocateurs,
puissants, inattendus - de ces albums dont la question dépasse
celle d'un genre ou d'un mouvement musical et qui vous changeraient
volontiers la vie musicale, qui que vous soyez ; un de ces albums dont
il ne devrait pas y avoir besoin de dire quoi que ce soit de plus ;
certaines choses importantes se passent en musique, tout simplement.
Avec "Oulipo Saliva", Angil & the Hiddentracks s'étaient (le
pluriel s'impose) brillamment fait remarquer, avec une pop qui allait
piocher allègrement ailleurs, sans complexes mais riche de
contrastes. Pour sortir enfin un nouveau disque, Mickael Mottet a
choisi de la jouer collectif : on ouvre les portes et on fait rentrer
les copains. Le titre, "The And", n'en est que plus pertinent et
bienvenu.
Et comme le précédent opus, celui-ci brasse
allègrement. S'il n'est point d'exercice de style comme sur
"Oulipo Saliva", marqué par l'absence du mi et de la lettre "E",
l'électisme du disque a un parfum enivrant, déroutant ou
parfois tout simplement réjouissant. Les participants, souvent
participantes d'ailleurs, offrent une variété
d'atmosphères, et si elles se fondent dans un climat toujours
très pop, la patte de chaque intervenant vient modifier en
finesse les morceaux. Sur "Lipograms", on se confronte, dans une
atmosphère menaçante, à un duo de voix sensuelle
(Raymonde Howard) et déclamatoire (Angil). A chaque fois, la
surprise est au rendez-vous, l'instrumentation riche et foisonnante :
contrebasse, saxophone, clarinette, trombone... L'efficacité est
présente aussi ("Jackson Jr. Redding"), et quand les
dédales mélodiques sont plus marqués, il reste
toujours des indices pour s'y retrouver : les voix de Laetitia Sadier
("Kira #2") ou Françoiz Breut ("Thelma or Louise ?") qui
louvoient et séduisent, ou alors la saturation de
l'étouffant "In the Attic". C'est toujours fluide, comme si
Mickaël Mottet écrivait ces petites trésors sans
effort, sans copier sur personne, entre décontraction et
rigueur. Celle-ci était obligatoire pour garder les morceaux
cohérents et pertinents, alors que la construction audacieuse
d'un titre comme "Finland & Platform", qui, sur plus de sept
minutes, mélange beaucoup de choses, (phrasé hip-hop sur
accompagnement de cordes et cuivres, fin saturée) était
propice à un dérapage incontrôlé. Que
retenir de cette magnifique démonstration d'écriture et
de facilité ? Que le Stéphanois a du talent, qu'il sait
s'entourer et que c'est un personnage précieux du paysage
français. En plus, le packaging du disque est absolument
magnifique, illustré avec goût, et cela mérite
d'être souligné. Et quand le ramage se rapporte au
plumage, que fait le rédacteur de POPnews ? Il vous encourage
à écouter ce disque unique.
Mickaël Choisi
RSR
Il
est donc grand temps de prendre le train en marche et de
s’immerger
dans l’étonnant univers musical de
Mickaël Mottet, alias Angil. Un
univers pop folk alternatif débordant de vraies bonnes
compositions,
loin de tout formatage, bénéficiant
d’une production claire, mais brute.
On le sait depuis un petit moment déjà, le label We Are
Unique Records a décidé de ne pas emprunter les sentiers
balisés et de sortir, si possible, des albums pop, folk, les
plus éloignés possible de la routine et du
"déjà vu". Mission accomplie une fois encore avec le
nouveau Angil, "The and", album à triple fond dont on n'a jamais
vraiment fini de découvrir les bienfaits.
Disque de copains, disque de famille, "The And" voit Michael Mottet, le
garçon à la tête du projet depuis "Oulipo Saliva"
en 2007, s'entourer comme souvent de nombreux invités : d'un
chanteur (Jim Putman de Radar Bros, mais surtout de huit chanteuses,
parmi lesquelles on retrouve Raymonde Howard (copine de label entrevue
sur un premier album fort réjouissant), mais également
les toujours précieuses Françoiz Breut, Laetitia Sadier
ou encore Half asleep.
De ce beau collectif vocal féminin, auquel s'adjoignent les
Hiddentracks ( pas moins de 9 musiciens réunis autour de
Mickaël Mottet), naît un album sans faux-col, fort
réjouissant et plein d'idées, dans lequel toutes les
influences sont les bienvenues (jazz, folk, hip hop) surtout si, comme
dans le cas présent, elles donnent à la musique un
caractère unique (facile !) et une originalité
appréciable.
Non content de participer à des projets inclassables (The John
Venture, Jerri), Angil s'impose une fois de plus, à la
tête dune fine équipe et avec un nouvel album, stimulant
et incontournable, pour qui aurait envie de quitter quelques temps les
routes trop tranquilles de la pop à papa.
Haut les mains ! Angil effectue son retour aux manettes d'un projet et
sévit de nouveau avec sa bande de malfrats. A sa gauche, les
fidèles Hiddentracks qui oeuvrent à ses
côtés depuis quelques années, armés de leurs
habituels cuivres, cordes, contrebasse, batterie, guitare et tout ce
qui participent à la constitution de leur arsenal jazzy. A sa
droite, une belle brochette de compagnons de tournées venus
prêter main forte et parmi lesquels on reconnaîtra pour
notre plus grand plaisir Raymonde Howard, Françoiz Breut,
Laetitia Sadier (Stereolab), Emma Pollock, Jim Putnam (Radar Bros.) et
quelques autres alliés de circonstance. Des intervenants
extérieurs en grande majorité féminins donc,
apportant au répertoire de notre bande justement très
masculine, un sex-appeal ensorcelant. N'ayez toutefois aucunement peur
d'être pris en otage, nos dix-neuf malfaiteurs s'attaquant
essentiellement au format pop, le malmenant et lui infligeant un
traitement bien particulier d'orchestrations peu communes. A la base de
ce projet, une seule et simple idée, celle du partage et de la
complicité entre les différents protagonistes. Une
idée qui se résume au seul titre de l'album « The
And », et symbolise le caractère fortement collectif de
l'ouvrage. Mickaël Mottet de son vrai nom a ainsi fait le pari de
laisser un maximum de liberté à ses acolytes, leur
permettant d'habiter chacune des compositions à leur
manière et allant jusqu'à organiser les sessions
d'enregistrement en prises live pour rester au maximum dans le vrai.
En résulte un disque à la fois raffiné, intime et
vivant, dans lequel on pénètre à pas
feutrés par l'intermédiaire de deux premiers morceaux
délicieusement accueillants et posés. La suite alterne
les ambiances diverses et variées mettant en scène un
Angil plus mélodieux que jamais, aussi à l'aise sur le
versant le plus lumineux de la montagne pop (Jackson Jr. Redding) que
sur son côté le plus obscur (Lipograms). Le
survolté Kira # 2 et l'imposant Finland & Platform (sorte de
trait d'union entre le prédécesseur Oulipo Saliva et le
projet parallèle Jerri) finissent de parachever un album qui en
deviendrait presque indispensable. Plus créatif et
inspiré que jamais, Angil entre dans la cour des grands en
tenant ses petits camarades par la main et voit se tourner vers lui
nombre de regards ébahis.
( Pol )
Angil est une tête chercheuse de la pop ; le genre d'artistes qui
ne fait jamais ce que l'on attend de lui et qui se renouvelle album
après album n'hésitant pas à se donner des
contraintes (Oulipo saliva album écrit sans la lettre E et la
note « mi »). Bien malin celui qui arriverait
désormais à cataloguer sa musique. A la base, elle
évoquait Robert Wyatt mais aujourd'hui ? Il faut dire que le
Stéphanois aime les rencontres, le groupe à
géométrie variable qui l'accompagne en témoigne.
Mais Angil est allé plus loin faisant un album entier avec BR
OAD WAY sous le nom de The John Venture ou avec Deschannel sous le nom
de Jerri. Avec ses deux albums, Angil avait exploré un versant
plus hip hop de sa musique dans une veine inspirée par Hymnie
Basement (avec Jerri en version plus canaille de John Venture). Avec
Oulipo Saliva, la musique avait pris des accents jazz et de ce
côté là, The And en est le prolongement avec une
contrebasse à la place dune basse, une batterie discrète
qui se met au diapason et un soin particulier apporté aux
instruments à vent. Le Stéphanois aime se remettre en
question et ici, comme exercice de style propose trois variantes d'un
même thème dans trois arrangements différents :
notons que seule la version 2 de Kira met les guitares en avant, ce qui
montre bien l'évolution d'Angil depuis son premier album et no
more guitars au titre prémonitoire. Pour The And, une nouvelle
fois, Angil a soif de rencontres et sil chante encore sur certains
morceaux dans un chanté parlé entre showman et
garçon sensible, il délègue en grande partie ce
rôle à de nombreux invités. Un seul homme (Jim
Putnam de Radar Bros) pour une pléiade de chanteuses. L'album
aurait pu s'appeler « 8 femmes » car elles sont bel et bien
huit et non des moindres : Laetitia Sadier, Emma Pollock,
Françoiz Breut, Half asleep ou encore Raymonde Howard
pour le titre le plus intense du disque Lipogram (entre Anticon et John
Barry). Ces invitées donnent un aspect féminin à
la musique. C'est ce que l'on pourrait croire avec le premier titre,
Disculpe presque bossa, interprété en duo avec Brigitte
Vautrin. Mais ce qui va apparaître comme une douceur languide
s'apparente plus à de la finesse, à un jeu d'ombres et de
lumière des plus ambigus. La féminité du disque
est plus à chercher de ce côté là. Ainsi The
And a la forme d'un iceberg : l'essentiel ne se voit pas au premier
abord. L'ambiance est assagie mais derrière, les accords jazz de
velours ont des arrières goûts dissonants. Avec Angil, les
morceaux ne suivent pas des routes toute tracées et aucun
instrument ne suit la même ligne : chaque musicien semble
évoluer dans une liberté toute relative,
s'émancipant de la mélodie initiale. Les lignes de chant
charmeuses et souvent émouvantes (bien que bizarres et
biscornues) nous maintiennent au centre, les percussions
enjôleuses dessinent un monde enfantin (Thelma or Louise ?) mais
les instruments nous emmènent vers des ailleurs plus chaotiques,
des contrées sombres et torturées. Sail home commence
trop nonchalant pour être honnête et monte vers une
intensité dissonante. Sur Jackson jr Redding, les guitares sont
acides et sous ses abords joyeux de fanfare et de foire, les cuivres
sont assassins. De même, pas sûrs qu'il y ait de retour
possible sur le poignant in the Attic. Unbroken hearts (en duo avec
Emma Pollack) est un titre authentiquement beau mais cette promenade
nocturne peut se transformer en murder ballad. Rien n'est jamais acquis
et définitif, comme la personnalité musicale de Angil qui
semble en permanence "work in progress". Avec the And, vous pensiez
tomber sur un disque "décoratif" et vous découvrez une
oeuvre forte et ambigüe.
Denis Zorgniotti
Mickaël Mottet, alias Angil, est le musicien le plus connu et
reconnu du label : nombreux articles élogieux dans la presse
hexagonale dès son premier album "Teaser for : matter",
diffusion de son second opus "Oulipo Saliva" également dans la
péninsule britannique via l'excellent label écossais
Chemikal Underground. Forcément, il est l'artiste de la
structure dont on attend le plus. Et ce troisième long format ne
déçoit pas, bien au contraire. De la même
manière que sur "Oulipo Saliva", réalisé
volontairement sans la lettre "e" dans les textes (comme dans "La
disparition" de Georges Pérec) ainsi que - cela lui semblait-il
alors trop facile pour lui ? - sans la note mi (E pour les
anglo-saxons) dans la musique, Mickaël Mottet s'est imposé
des contraintes lors de l'élaboration de ce nouveau projet,
même si elles peuvent paraître moins restrictives : faire
comme si cela allait être le dernier album, et enregistrer en
prises live avec l'intégralité du groupe. Curieusement,
alors que la première contrainte pourrait nous faire supposer le
contraire, 'lalbum est plus léger que son
prédécesseur - attention, l'expression "plus
léger" n'est surtout pas ici négative, mais à
prendre dans le sens de plus ensoleillé (ou moins nuageux), plus
pop, plus immédiat. Cette sensation est liée au mot
d'ordre que Mottet s'est fixé : se faire plaisir. Pour cela il a
invité de nombreux artistes, à une exception près
(Jim Putnam des Radar Bros) toutes féminines, à chanter
avec lui - ce qui explique aussi le caractère de l'album. On
croisera notamment Françoise Breut pour le beau et tranquille
"Thelma or Louise ?" (conseil pour l'apprécier pleinement,
écoutez ce titre à part ou plus tard dans le disque,
comme il vient un peu tôt pour attirer l'attention qu'il
mérite) ; Laetitia Fournier alias Raymonde Howard sur le
formidable "Lipograms", la chanson la plus proche de celles d "Oulipo
Saliva" ainsi que de celles des projets collaboratifs de Mickaël
Mottet, en particulier The John Venture - et où Mottet fait un
clin dil malicieux aux Frank and Walters (" This is not a song about
politics") ; Valérie Leclercq alias Half Asleep sur le nocturne
"In the attic" et son violoncelle envoûtant . Enfin,
l'apogée du disque avec la grandiose suite "Sail home" (avec Jim
Putnam), "Kira # 2" (avec Laetitia Sadier) et "Unbroken hearts" (avec
Emma Pollock, ex-Delgados) : on a l'impression que Mottet a, pour ses
trois invités les plus prestigieux, cherché à se
surpasser - avec réussite. Cependant, sur deux titres,
Mickaël Mottet fait sans invité(e)s, et cela marche aussi,
notamment sur l'enjoué et épatant "Jackson Jr. Redding",
qui aurait pu constituer le single idéal de cet
été s'il était sorti dans ce format. "The and" ne
serait pas aussi réussi sans ses musiciens les Hiddentracks, en
particulier les cuivres, qui font merveille à de nombreuses
reprises dans le disque, de "Lipograms" à "Jackson Jr. Redding",
de l'intro de "Kira # 2" à la magnifique fanfare
mélancolique d "Unbroken hearts". Et comme chaque contrainte que
s'impose Mickaël Mottet devient caduque dès que le disque
est réalisé, on espère bien que ce très bel
album n'est pas le dernier de son auteur.
Gilles Ferté
« The And » est un album à
part, immédiatement pertinent et prenant, qui
révèle au fil des écoutes une
belle complexité dans les arrangements« The And
» est un album à
part, immédiatement pertinent et prenant, qui
révèle au fil des écoutes une
belle complexité dans les arrangements.
Comme souvent on reste sans voix devant la musique d'Angil,
érudit pop tombé très tôt dans la bassine de
songwriting. En clair, quand ce prodige sort une nouvelle galette, on
s'y jette corps et bien. On replonge ! Sans calculer outres mesures les
conséquences, ni même essayer de relativiser quoique ce
soit. Un truc qu'on fait pourtant assez souvent, surtout lorsque la
dithyrambe des maisons de disques tentent de nous transformer des
vessies en halogène.
Mais non, là rien de tout ça, on plonge, point barre .
Pourquoi ? Et bien déjà primo parce que la maison en
question c'est We Are Unique Records, et comme son nom l'indique elle
n'a pas tellement de concurrent. On peut leur faire confiance, chez eux
on y voit comme en plein jour, pas besoin de loupiotes.
Et secundo, on fonce surtout parce que dès la première
écoute, on l'entend nettement la liberté de ton, le
classieux du verbe, ce petit supplément d'âme qui vous
titille les synapses. Si, si je vous assure !
En gros, The And, c'est onze titres pour neuf invités : huit
chanteuses - entre autres Françoiz Breut, Laetitia Sadier de
Stereolab, Emma Pollock des Delgados... - et un chanteur - Jim Putnam
des Radar Bros. . Angil et ses Faces Cachées ont bel et bien
décidé de partager.
ATTENTION !! MESDAMES & MESSIEURS ...AUJOURD'HUI c'est PORTES
OUVERTES...y'en aura pour TOUS LES GOÛTS !!
Et du goût, y'en a à revendre chez eux. Prônant
l'agencement tous risques plutôt que le confort de la formule
toute faite, ils n'hésitent pas à brouiller les pistes,
bariolant leurs mélodies de couleurs intimes ou leur coulant les
pieds dans un bloc de béton. Imposant une contrebasse ici,
poussant les portes d'un bastringue hip-hop par là-bas. Et se
foutant du tiers comme du quart de cette engeance populaire qui
voudrait que, comme condition sine qua non de réussite, la
cohérence d'un disque soit incontournable.
Certes, c'est un peu le bocson sur The And, y'a du monde au balcon,
mais regardez, tous sont bien sapés, propres sous eux, donnant
le meilleur d'eux-même, se transcendant pour tout vous dire.
Alors si le cadre rassurant du précédent Ouliposaliva,
où le concept prenait le pas sur l'ambiance - avec force
à propos, pas de soucis là-dessus -, si ce cadre donc
fait ici défaut, sachez que les plaisirs sont ailleurs. Dans une
musique plus instinctive, directe, organique. Une musique qui adore
taquiner l'auditeur, hésitant entre l'eau et le feu, l'opium et
l'adrénaline. Mais qui finit toujours par trouver une terre
d'asile...Bang ! Bang ! En plein coeur !
Ah bé oui, on vous avez prévenu...on a replongé !
Depuis maintenant douze ans Michael Mottet se fait un plaisir
d'essaimer ses textes mélancoliques et poétiques
engagés au sein d'albums autant exigeants au niveau musical. Ce
traducteur d'anglais nous offre des paroles effectivement très
au dessus de la moyenne et pour peu qu'on prenne le temps de les lire,
on est émerveillé par une oeuvre flottant bien au dessus
du panier. D'ailleurs c'est sans doute pour cela qu' Angil & the
hidden tracks sont aussi respectés par leurs pairs dans le monde
entier. On citera les divers partenariats qui ont été
engagés dans cet album : Francoise Breut, Raymonde Howard, Half
aslpeep, Jim Putnam ( radar bros), Laeitita Sadier (Stereolab), Emma
Pollock, Brigite Vautrin... qui prouvent s'il le fallait, combien Angil
est apprécié à l'intérieur et au dehors de
l'hexagone. Normal pour quelqu'un qui n'hésite pas non plus
à célébrer ses héros au sein même de
ses chansons ("Jackson Redding Jr).
On remarquera dans ce nouvel album des sensations musicales
empruntées à une large palette culturelle, allant de John
Cale, en passant par Robert Wyatt, Kevin Coyne, le free jazz, des
accents de The Fall dans les aspects les plus "punk" ("Lipograms") et
puis toute cette influence et culture Pop alternative (Pavement !) bien
marquée par les apports vocaux de tous les invités (Jim
Putnam, Laetita Sadier...etc) "The and", qui développe
tranquillement une analyse philosophique, puisqu'empruntant entre autre
à des textes de Gilles Deleuze est effectivement un album
plaisant et exigeant mais c'est toute sa problématique. Car
cette exigence intellectuelle qui a toujours été le point
commun des albums d'Angil, pêche peut-être parfois. En
effet, l'apport jazzistique indéniable dans les aspects les plus
expérimentaux mériterait sans doute davantage de
maîtrise, ce qui n'est pas encore tout à fait le cas.
Mis à part cette critique bien désuète face
à l'oeuvre elle-même, mais qui peut néanmoins dans
le cadre des entrées ou sorties de cuivres par exemple ou sur la
frappe de la batterie à certains moment se révéler
un peu gênante voire frustrante à l'écoute, on
accueillera avec tout le respect qui lui est dû ce nouvel album
et tout l'univers qui l'entoure, car celui-ci offre de très bon
moments mélodiques...
Merci Angil pour porter la pop française à ces hauteurs
C’est
bon, notre traditionnel ami d’été vient
de se révéler et après Fabio
Viscogliosi, Jérémy Jay, The XX ces
dernières saison, c’est au tour d’Angil
& The Hiddentracks de faire chavirer nos coeurs. Leur
deuxième album est splendide, rencontre indécente
entre Belle & Sebastian, Ludus et Moose. Les compositions sont
redoutables et parfaitement mis en valeur par une pléthore
d’invités féminines (Laetitia Sadier,
Raymonde Howard, Françoiz Breut..) qui ne
dénature en rien l’unité du disque. Le
doux amer se transforme en après midi vaguement
ensoleillé pour mieux nous rappeler ces instants
passé ensemble.