Oulipo
Saliva,
ambitieux deuxième album d’Angil & The
Hiddentracks est à découvrir sur
lesinrocks.com avec un MP3 inédit et deux titres en
écoute.
Depuis la
sortie de
Teaser for : Matter, son premier
album paru sur la structure toulousaine We Are Unique Records
(anciennement
Unique Records), on suit de très près les
aventures du stéphanois Michael
Mottet. Sous le pseudonyme d’Angil, cet activiste a
réuni autour de lui une
armée de musiciens prêt à en
découdre avec les conventions, The Hiddentracks.
Tous ensemble, ils ont façonné un univers
où la musique redevient cet espace
d’expérimentation ludique, où chaque
défi, chaque projet remet en cause le
précédent. Chez eux, rien n’est acquis,
tout est sujet à prise de risque.
Teaser for : Matter présentait un
collectif animé par cette même envie
de bousculer les règles de la folk music, lui administrant
quelques cachets
d’électroniques, quelques piqûres de
bruit blanc et de bandages jazzy. Un
premier pas était franchi. Suite à ce coup
d’essai, Angil s’est
révélé être un
stakhanoviste aux idées enthousiasmantes, notamment via
l’élaboration de sa
Hidden List
: cette liste sert à la fois à soutenir le
groupe, à s’en rapprocher, et à
interagir avec lui. Pour 10€ par an, le souscripteur
reçoit deux disques / DVD
inédits par an, contenant des chansons rares, des extraits
de concerts et des
morceaux exclusifs.
En plus de cette activité parallèle et
franchement originale, Michael Mottet
s’est également rapproché de ces
confrères de B R OAD WAY, originaire de St
Etienne tout comme lui, pour créer le projet The John
Venture, mélangeant
électronique, free jazz, hip-hop et folk
(conférer à l’article en lien). De ces
aventures à la périphérie de son
univers, Angil a étoffé sa palette musicale
qu’il a mise à profit au moment de
l’écriture de son deuxième album en
compagnie des Hiddentracks.
Intitulé
Oulipo Saliva, cet album est
une drôle d’expérience. A
l’origine, il a été composé
à la guitare et au piano, un piano complètement
désaccordé que Michaël a
trouvé en bas de chez lui et s’est
empressé de
l’inclure dans son orchestre protéiforme. A partir
des premières démos enregistrées,
et avec l’aide des Hiddentracks, Angil et son
collègue de toujours, Gilles
Deles, ont totalement remanié cette matière
première, gommant une bonne partie
des guitares pour amener l’ensemble vers un ailleurs bien
plus excitant. Jamais
à court d’idées, Angil s’est
également imposé, comme l’indique le
titre de son
album emprunté au mouvement Oulipo, formé par
Raymond Queneau et dont dépendait
Georges Perec, un album où la lettre E et l’accord
de mi (« E » en anglais)
serait proscrit. Chez d’autres, cette posture intello
prêterait à rire ; chez
Angil, elle ne fait que renforcer l’idée que ce
musicien n’est pas à une
surprise près.
L’écoute d’
Oulipo Saliva
n’est ainsi à aucun moment une épreuve
pour les
oreilles. Lorgnant sur le hip-hop – habitude prise avec The
John Venture -,
Angil fait également des œillades insistantes aux
formes mouvantes du jazz. Ce
fanatique de Sun Ra dirige sa petite troupe de musiciens comme Charlie
Haden le
faisait à l’époque du Liberation Music
Orchestra, avec une réelle envie de
mélanger les genres. De l’efficace
Trying
to fit au sublime
Narrow
Minds, Angil n’oublie également jamais,
malgré son cahier des charges on ne
peut plus complexe, de travailler ses mélodies. Coup de
maître,
Oulipo
Saliva confirme le talent indéniable de ce
musicien hors norme et se place
d’emblée comme l’un des albums
importants de l’année 2007.
Martin Cazenave
LES INROCKUPTIBLES 12-06-2007
A une
époque pas
si reculée, on ne connaissait guère
qu’un moyen d’évaluer la
qualité d’un
groupe français : on mesurait sa
capacité à digérer les influences
anglo-saxonnes qui l’avaient nourri. Depuis, nombre de
Frenchies se sont
heureusement affranchis et ouverts. Aujourd’hui, les
plus valeureux ne
sont pas ceux qui réussissent à
s’éloigner de l’emprise de leurs
modèles, mais
plutôt ceux qui, d’un projet à un autre,
savent prendre leurs distances avec
leur propre histoire et remanier leur langage en profondeur. De ce
point de
vue, le Stéphanois Mickaël Mottet, alias Angil, et
les Hiddentracks, le
collectif bariolé qui papillonne autour de lui,
méritent tous les honneurs.
En
2004, on avait
craqué pour Teaser For :
Matter,
où Angil sortait le songwriting de son enclos et
l’envoyait paître à la
frontière flottante du jazz et des musiques
expérimentales. Soulevées par une
turbulente section de cuivres, les chansons d’Oulipo
Saliva poussent aujourd’hui ce désir de
recherche et
d’évasion nettement plus loin. Tractées
par un singulier attelage instrumental
(cordes, piano désaccordé, contrebasse, guitares,
flûte, batterie, percussions,
samples subliminaux), portées par une voix qui pourrait
être celle d’un Robert
Wyatt s’exerçant au hip-hop, elles
s’arrachent définitivement de
l’ornière du
“rock indé”. Angil et les Hiddentracks
planent ici au-dessus d’un domaine
vierge, terre d’accueil du songwriting le moins moutonnier,
du jazz le plus fureteur
et du rap le plus exigeant. La production de Gilles Deles,
tournée vers l’épure
plutôt que vers l’empilage sonore, donne un
surcroît de souplesse et de
mobilité à un projet qui ne croule jamais sous le
poids de ses ambitions. Elle
retranscrit aussi l’ivresse contagieuse que Mottet et ses
complices ont
ressentie au moment de l’enregistrement : Oulipo Saliva est cette belle machine
désirante qui, dans un même
mouvement, a inventé et assouvi tous leurs fantasmes.
Mottet
est un
musicien comme on les aime : avant de passer à
l’action, il n’hésite
jamais à faire bouillir son cerveau. A la genèse
d’Oulipo Saliva, il y a
ainsi un gentil casse-tête posé par l’un
de
ses comparses, le saxophoniste Francis Bourganel. “Il
y a deux ans, raconte Mottet, il
m’a suggéré
d’écrire un album sans la note mi – E
dans la notation
anglo-saxonne. A partir de là, il était naturel
de penser à la contrainte de La
Disparition, le roman de Pérec
écrit sans
un seul e. J’attendais ce genre d’accroche,
j’avais besoin d’être mis au
défi.”
Clin
d’œil aux
travaux ludiques de l’Ouvroir de Littérature
Potentielle, ce deuxième album est
aussi, selon Mottet, “un hommage au
son
de la salive de Francis lorsqu’elle passe dans le
cuivre”. Poète autant que
plasticien, le saxophoniste alto, souverain dans le swing comme dans la
plus
fine ponctuation sonore, joue un rôle central dans Oulipo Saliva. Mais il n’en est
pas plus la vedette que ses
nombreux camarades. Car la foule bigarrée des Hiddentracks
(on y trouve des
profs de musique, un pilote
d’hélicoptère, un ingénieur
ou un assistant social)
forme un collectif égalitariste, qui fait passer le plaisir
du jeu et de
l’échange avant tout intérêt
personnel. “On
était très heureux d’enregistrer
ensemble, se souvient Bourganel,
c’était l’embrassade quotidienne.
Chacun est venu avec ses idées. On
a
énormément discuté, avec beaucoup
d’humilité : personne n’a voulu
imposer
ses vues aux autres.” Un bel exemple de
démocratie participative, donc,
comme le confirme le batteur Xavier Pradel : “Chaque
membre des Hiddentracks peut changer la couleur des morceaux.
C’est très agréable de savoir
qu’on peut apporter sa propre patte.” C’est
aussi dans cette polychromie inventive que se niche la
beauté inclassable d’Oulipo
Saliva, cette toile de maître
dont on n’a pas fini d’explorer toutes les nuances.
Richard Robert
MAGIC (Juin 2007)
Un piano
légèrement désaccordé, une
compagnie de musiciens organiques
jouant de cuivres, cordes et percussions (Hiddentracks), tel est
l'environnement d'obédience jazz que Mickaël Mottet
a choisi pour présenter ce
deuxième album. Si l'on se réfère au
folk souligné d'électronique qui
caractérisait le très réussi Teaser
For Matter (2004), le changement est
radical. À l'instar du mouvement littéraire que
son titre évoque (l'Ouvroir de
Littérature Potentielle), Angil a observé, hum,
au pied de la lettre, la
contrainte périlleuse que s'était
fixée l'écrivain Georges Perec –
écrire une
œuvre entière sans la voyelle
“e” – et, de surcroît, a
veillé à La
Disparition totale des machines. Ennemi de la surproduction,
le musicien
s'est derechef appliqué à épurer la
syntaxe de ses compositions en allant droit
à l'essentiel, et, préférant la
suspension à l'accentuation, s'est appuyé sur
les silences pour mieux atteindre le nerf des choses. En route, on
pense à
Michael Mantler, Henry Cow, Art Bears (You Most, In
Purdah) et
Soul Coughing (Trying To Fit), à Alban
Berg et Arnold Schoenberg, ainsi
qu'au merveilleux Jazz Composer's Orchestra (Sylvia Plath,
Libby And Small
Ghost). Ouliposaliva est
nimbé d'une ambiance de folie poétique,
semblable à celle qui auréolait la plupart des
travaux de tous les éminents
personnages précités. Aussi satisfaisant et riche
que son prédécesseur, le fait
que ce nouvel opus lui soit si différent dans la forme (car
le fond reste troublant)
vient renforcer le sentiment que l'on tient bien en Mickaël
Mottet l'un des
plus originaux et créatifs auteurs de l'Hexagone. En tenant
compte de son
escapade vers le hip hop mutant en 2006 avec Broadway sous l'alias de
The John
Venture, il signe là un impeccable triptyque que beaucoup
risquent de lui
jalouser. Où qu'ils soient, messieurs Queneau et Perec
approuvent.
Marc Gourdon
•••••°
MOUVEMENT été 2007
Derrière
ces deux noms en
« -il » et ces albums
très différents se cachent deux francs-tireurs
de la scène rock hexagonale, de fortes têtes
musicales. Olivier Mellano n’est
pas seulement un remarquable guitariste (il a accompagné
Dominique A, Bed, Yann
Tiersen), il est surtout un musicien polymorphe et ambitieux :
après les
compositions instrumentales de La Chair des anges,
son disque
publié chez Naïve Classique (voir Mouvement
n° 42), et
simultanément au nouvel « Acte »
de son projet hip-hop Psykick
Lyrikah (également sur le label nantais Idwet), il livre le
troisième album de
Mobiil, son duo avec Gaël Desbois. La bio cite Programme et
Bashung, et c’est
un raccourci acceptable : on pense en effet aux premiers
à l’écoute d’Arroser
la colère – mais un Programme moins
radicalement éloigné de l’idiome rock
malmené par Diabologum ; l’ombre du
second plane sur des morceaux comme Je
sais des choses sur moi ou Fennecs,
hyènes et rats – mais un Bashung
qui aurait invité avec Dälek ou Joy Division en
studio. Car la noirceur de ce
disque est aussi héritée d’influences
cold wave qui transparaissent dans
certains sons de guitare ou motifs de basse, dans ces rythmiques
compressées
qui lancinent ou enragent… On notera que ce CD contient
également un album de
« remiixes » sous forme
d’un dossier de 15 fichiers MP3 proposant des
relectures tout simplement remarquables du répertoire de
Mobiil, réalisées par
Robin Guthrie, Bed, Don Nino (qui publie enfin ces jours-ci Mentors,
menteurs !, son album de reprises), Bikini
Machine…
Angil est
l’alias du Stéphanois
Mickaël Mottet, aujourd’hui entouré
d’un groupe à géométrie
variable. Un
premier album remarqué, Teaser For: Matter
(dont vient de paraître la version
remixée), avait rapidement conduit à le ranger
parmi les plus doués de nos folksingers.
Entre-temps, ses excursions – au sein notamment du projet The
John Venture –
ont révélé un horizon musical
autrement plus vaste (en même temps qu’un don
certain pour le hip hop, et une remarquable aisance en langue
anglaise). Angil
semble être avant tout amateur de défis
– et quand on a écrit un morceau aussi
parfait que le très
« wyattien » No more
guitars, il faut se
le permettre : une attitude que ce nouvel album prend au pied
de la
lettre. Oulipo Saliva, publié par We Are
Unique Records, s’inspirant des
« techniques » de
l’OuLiPo, est un album concept lipogramme,
entièrement composé sans la lettre
« E » (et son
équivalent musical
qui, en notation anglo-saxonne, correspond à
l’accord de mi). Le
résultat est un album qui aurait pu être
publiée aussi bien chez Anticon ou
FatCat ; une musique richement hybride qui, infusant le
hip-hop et la folk
dans quatre décennies de pop barrée,
s’avère follement audacieuse. Deux albums
qui démontrent, outre l’influence
déterminante du hip-hop sur le rock
d’aujourd’hui, que la contrainte (car pour Mobiil,
chanter en français en est
une, dont Mellano se sort avec les honneurs), est parfois la meilleure
alliée
de la liberté.
David Sanson
Il l'a fait… Ils l'ont fait ! Un album façon "La
disparition". Ici pas de mi. Ni aux mots, ni aux accords. "Mi"
proscrit, "E" disparu. Dur travail, pourtant parfait !
Oulipo saliva, pur produit du cranibus d'Angil, jamais frustrant,
toujours hallucinant, ultra passionnant. Chansons alliant jazz
façon Louis Sclavis ("You most", "Kids") à la pop
hors du carcan connu, anglo-saxon compris ("In Purdah","Trying to fit"
lorgnant sur un hip hop à la B R OAD WAY). Atomisation du
format à tout va, inspiration hors du commun, jamais album
fut si fou. Du jamais vu pour nos tympans. Instants furtifs ("Do not
think"), longs opus planants ("Sylvia Plath, Libby and small ghost")
tout ici fait bloc : du grand art. "Lift trip to mars", subtil flux
musical inondant nos corps, fondants d'un plaisir franc, fini d'assoir
Oulipo Saliva sur un divin divan tout là-haut dans un
paradis pop hors du commun. Mots pointus, piano dissonant, brass band
charmant, Angil & Hiddntracks ont fait fort, tous conduits par
un fol amour du son. Toujours plus haut, toujours plus tordu mais
jamais trop chic. Ici pas d'ayatollah du son, ni tribunal du bon
goût. Du plaisir à fond, point final. Oulipo
Saliva fait dans l'art pour tous ! OUF, trop bon quand il s'agit d'un
album autant abouti, jouissif au plus haut point. Un album qui produira
un flot d'accros illico, pour sûr ! Oulipo saliva est
Etonnant, Envoutant, Epoustouflant ... UniquE !
David Didier
Un peu
d'histoire de culture au préalable. Ce nouvel album d'Angil
est
un album lipogramme, c'est-à-dire qu'il n'utilise pas une
lettre en
l'occurrence à l'image de la disparition de Perec le e
(beaucoup de e dans
cette phrase !). Ce procédé lexicographique connu
par Perec était la base de
travail de l'oulipo (groupe de fondu de littérature) saliva
(acronyme que je
cherche encore). A peine la page John venture
légèrement poussée, Angil recolle
les morceaux de son inspiration et de ses aspirations, pour un disque
collant
plus avec ce qui le fait avancer, sur scene teaser for the matter
commençait à
être trop exigu pour lui. Mais comment ne pas
étouffer un peu plus quand on
s'impose une règle lexicale aussi dure. Angil a
trouvé la réponse, en explosant
les murs de la musique, en donnant au mot fusion une signification
moins
triviale. Articulé comme pouvait le faire les Tindersticks
autour deux morceaux
en épisode (un procédé de plus ?)
oulipo saliva enfonce le clou à peine enfoncé
sur sons of beneficts et légèrement mal
traité sur matter. Angil est loin du
folkeux fan de Swell que nous pouvions avoir, car à peine
nous le mettions là
qu'il se trouvait déjà autre part à
donner au jazz par exemple le droit
d'exister loin de la fumé et des costumes. Regorgeant
d'instants fracturés,
oulipo saliva émancipe Mickael, lui faisant sauter une
à deux générations tout
en gardant une fraîcheur d'esprit. A l'image de Bjork ou de
Camille Angil joue
avec les voix comme un instrument à part entière.
De in purdah (morceau qui
finira dans le top five de mon ipod) à took no drugs had no
drink titre
inquiétant étouffant,
ébouriffant….terrifiant, en passant par trying to
fit
semblant sortir tout droit de ruby vroom, ce nouvel opus
désoriente. Il faudra
attendre kids pour retrouver une structure plus " classique " mais
toujours aventureuse. Jazzy et tranquille, lift trip to mars, sylvia
plath
libby and small ghost, ou final list se posent comme la partie
apaisée de
oulipo, faisant du disque un ying et un yang. Comme dirait Experience,
ce
disque est pour ceux qui aiment le jazz, mais plus encore ce disque est
pour
les empêcheurs de tourner en rond, les gourmands, les adeptes
de la chaise
longue à l'envers, outre pour son inconfort mais aussi pour
le plaisir de
faire. Sans pause intellectuelle oulipo saliva est à l'image
de son auteur
au-dessus des modes et des vents directeurs. Mickael Mottet vient de
réussir à
marquer de son empreinte la musique d'ici, et comme un écho
de citer Perec dans
la disparition " ..sans jamais aboutir à l'insultant point
cardinal
l'horizon, l'infini où tout paraissait s'unir, où
paraissait s'offrir la
solution ". Mémorable….avec deux E.
Gerald De Oliveira
On sait
l’homme iconoclaste, délicieusement surprenant,
fantasque et généreux. Et malgré cela,
Angil nous surprend encore avec ce
Oulipo Saliva, bien loin de Teaser For : Matter son premier
album, sommet
pop-folk de l’année 2004, ou encore du captivant
projet hip-hop réalisé avec
BROADWAY sous le nom de The John Venture. Mickaël Mottet, de
nouveau entouré et
servi avec justesse par le collectif Hiddentracks, s’est
imposé quelques
préceptes, plutôt déroutants, mais qui,
chez lui, le poussent un peu plus
encore à l’excellence. Ainsi, sur cet
album baptisé en référence
à l’Ouvroir de
Littérature Potentielle fondé en 1960 par Raymond
Queneau, le stéphanois s’est
lancé comme défi de ne pas utilisé la
note "mi" (trop dur à jouer au
saxophone !) et sans la lettre "e". Autant de contraintes
exploitées à merveille, tant Oulipo Saliva
transcende tout carcan. Angil a choisi
une orientation périlleuse, faisant fi du
format chanson, recourant à une instrumentation certes
variée mais assez
dépouillée (peu de rythmique, recours
à l’électronique réduit au
minimum,
quasiment pas d’effet sur le chant). A l’exception
de l’explosion sonique You
Most (Third Part As Far As I Know) (morceau de bravoure jouissif en fin
de
parcours), ni foisonnement, ni superflu, juste les quelques notes
choisies
méticuleusement pour édifier des architectures en
équilibre précaire. Impossible de trouver de filiation
évidente à cet album
qui fait le grand écart entre jazz et hip-pop. Un disque
d’une cohérence
inouïe, en marge de tout, sauf de l’excellence comme
le morceau In Purdah, tube
à tiroirs, ou encore le quasi-mystique Kids.
Mickaël Mottet chante comme jamais,
que ce soit dans un registre mélancolique ou plus narquois
(Final List pour
achever l’album sur une belle litanie de "fuck"). On savait
Angil
talentueux et généreux. Mais nous
étions encore bien en deçà de la
réalité.
Denis Frelat
On doit
bien
l'admettre, nous sommes passés à
côté de "Tease For: Matter", le
précédent album d'Angil que la presse avait
encensé il y a trois ans. Du coup,
nous avons véritablement découvert cet artiste
atypique lors de sa
collaboration avec Broadway au sein de The John Venture. Ca,
c'était l'an
passé, alors que Mickael Mottet de son vrai nom avait
déjà commencé à plancher
sur "Oulipo Saliva", un nouvel opus qu'il aurait
été trop facile de
ne pas affubler d'un concept, le genre de démarche qui,
à elle seule, est capable
de sublimer un disque.
C'est lors d'une conversation avec Francis Bourganel, saxophoniste des
Hiddentracks (collectif à géométrie
variable comptant une douzaine de musiciens
accompagnant Angil), sur la difficulté de sortir la
clé de Mi de son instrument,
que l'idée germe dans la tête de notre homme de
composer un album entier, en
occultant cette note. L'équivalence du Mi en anglais
étant le E, il pousse le
concept en n'utilisant jamais cette lettre dans ses paroles (on n'a pas
vraiment vérifié, mais il semblerait que
quelques-uns soit parvenus à se
glisser quand même...). Le ton est donné, "Oulipo
Saliva" a trouvé sa
voie.
Angil récupère alors un vieux piano
abandonné en bas de chez lui, commence à
composer, fait appel à son fidèle producteur
Gilles Deles, puis réunit les
Hiddentracks qui vont véritablement enrichir chacun des
titres, et clairement
les démarquer de ses efforts
précédents. Mickael Mottet laisse ici son folk
expérimental au placard (sans toutefois le fermer
à clé), pour préférer un
mélange
d'influences jazzies ("Narrow Minds") et de couleurs hip hop
déjà
entrevues au sein de The John Venture ainsi qu'en live (l'excellent
"Trying To Fit"), venant enrober ses chansons qu'il emmène
d'une voix
chaleureuse ("Kids"), parfois façon The Notwist ("In
Purdah").
La personnalité musicale d'Angil étant
très prononcée, il faudra du temps pour
vraiment rentrer dans l'univers de ce nouveau disque qui, dans un
premier
temps, donne l'impression d'un enfant découvrant toutes les
richesses d'un
magasin de musique, touchant et testant tous les instruments
à sa portée
(qu'ils soient à cordes, à vent ou à
percussions), pour finalement dévoiler
toute sa richesse. C'est là que nos esprits, finalement
encore trop formatés
pour déceler un tel talent à la
première écoute, s'ouvrent enfin pour devenir
totalement accrocs à cette musique, et à ce
personnage bien décidé à ne jamais
tomber dans la facilité. La France tient là une
véritable perle...
Mathieu
MAGICBOX
Angil, c'est un peu le Lars Von Trier de la musique. Le
Stéphanois revient chaque fois avec un nouvel album
où il étonne, se réinvente en
soumettant sa musique à des contraintes. Après
l'épisode John Venture (avec Broadway), Angil s'attaque
à l'Oulipo. Pour mémoire L'Ouvroir de
Littérature Potentielle initié par Queneau
proposait de créer des nouvelles formes
littéraires en y intégrant des contraintes
d'ordres mathématiques. Comme une souris de laboratoire qui
créerait son propre labyrinthe avec mission d'en sortir.
Rendons à César, Frandol avait
déjà été attiré
par l'adaptation de ces procédés dans la musique
pour son album Oulipop. Mais Angil, avec son esprit torturé
et joueur, va plus encore loin. Il reprend le principe de
Pérec dans son livre la disparition enlevant la lettre "E"
de ses textes mais combine cette absence avec une autre, celle de la
note mi (E en notation) sur tout l'album. Yes avait
déjà un peu fait ça dans Close to The
edge avec le sol. Mais les deux ensembles, dans ce qui
apparaît finalement comme un album de pop (dans le sens
"populaire" par opposition à un album de musique
contemporaine) avec des morceaux presque grand public comme la gracile
Narrow minds ou le catchy In Purdah, cela devient du quasi
inédit. Ce qui est toujours remarquable, à
l'instar de John Venture, c'est qu'une fois le principe connu, on
l'oublie totalement pour ne plus apprécié que la
musique. Il y a toujours cette petite voix qui nous rappelle en
permanence que "c'est sacrément fort". La musique justement,
entre Teaser for matter et Oulipo saliva, il y a une monde qui
s'appelle Hiddentracks. Ce nouvel album, loin du travail de solitaire
du premier, intègre carrément le groupe ; et si
ce n'est pas le travail de composition, l'essentiel travail
d'arrangement se fait de manière collégiale. La
guitare folk a donc presque disparu (elle revient en fin de parcours
sur le swell-ien Final list) au profit des cuivres, instruments
cardinaux d'Oulipo saliva, qui donnent une couleur jazz à
tout l'album (Charlie Haden et John Coltrane). Mais le groupe ne
s'arrête pas en si bon chemin, témoignant encore
une fois de son envie de décloisonner un peu. Angil chante
bien comme un vrai songwriter folk avec sa voix fragile touchante ; il
ne slame jamais même s'il accentue le rythme et
accélère le flot notamment sur Trying to fit ;
d'ailleurs l'influence du hip hop se ressent partout dans le travail
rythmique et l'usage des boucles. Oulipo Saliva est aussi
bâti sur des cordes en attente, à l'abri du vent
mais prêtent à vous sauter à la gorge
(In purdah avec des arrangements proches de ceux pratiqués
par Brodsky quartet). Il peut-être aussi
électrique et totalement free sur le larvé puis
dissonant You most (avec un petit côté
Tuxedomoon). L'album se déguste sur tous ces niveaux de
lecture, subtil équilibre entre les différentes
pistes d'enregistrement et sa riche instrumentation.
Jusqu'où ira Angil pour son prochain album ? Plus loin sans
doute. Mais en attendant, on jubile !
Denis Zorgniotti
Découvert
il y a trois ans avec le brillant "Teaser for: Matter", le
Stéphanois
Angil revient avec un album ambitieux dans la lignée de "The
John
Venture". Réputé pour ses talents de compositeur
capable de faire se
télescoper avec aisance les mélodies et les
univers, Angil nous offre ici un
album lipogramme, sur le modèle de "La Disparition" de Perec
et des
travaux de l’OuLiPo. Non seulement les textes – en
anglais – ont été écrits
sans utiliser la lettre "E", mais la note mi (notée
justement
"E" en anglais) a également été
proscrite. Mickaël Mottet a toujours
adoré le mélange des genres (pop, jazz, rock,
musique de films et hip hop), un
procédé qui s’avère souvent
périlleux, tant rivaliser avec des artistes adeptes
du genre (tel "In a Bar Under the Sea" de dEUS) relève, en
règle
générale, d’une confiance en soi proche
de l’inconscience.
Ici, c’est juste sublime. Le phrasé, le
débit du chant pourraient faire penser
à Madness ou à Day One, mais la construction des
morceaux, elle, demeure très
complexe sans être pesante.
En gros, il y a du travail, ça se sent, mais c’est
tellement maîtrisé que l'on
ne retiendra que la qualité de ces mélodies,
fines et entêtantes. Un piano
parfois volontairement désaccordé, un saxophone
oscillant entre bonne humeur et
énervement salutaire et divers instruments (violons,
flûtes, percussions…) au
service d’une voix qui sait vous emmener dans une douce
rêverie entrecoupée de
quelques cauchemars. Bref, j’aime.
Xavier
Découvert par
la grâce – c’est le mot – de
son premier album, le remarquable Teaser for: matter, Mickaël
Mottet aka Angil remet le couvert trois années plus tard.
Hommage à La Disparition, le fameux roman de Georges Perec
écrit sans la lettre "E", et au collectif OULIPO
(l’Ouvroir de la Littérature Potentielle)
fondé par Raymond Queneau, son disque fait honneur
à la réputation d’excellence du label
(We Are) Unique Records.
Deuxième album d’Angil (le troisième si
l’on tient compte de The John Venture, l’ambitieux
- et réussi - projet de Mickaël Mottet et de B R
OAD WAY), Oulipo Saliva trouve son origine dans une remarque de Francis
Bourganel, le saxophoniste des Hiddentracks, qui trouvait la
clé de Mi difficile pour un saxophone alto. Relevant le
pari, Angil compose alors son nouvel opus en omettant la note Mi et,
pour que les textes fassent bonne mesure, écrit tous les
textes en se passant de la lettre E (soit la note Mi en annotation
anglaise). Ce procédé lipogramme, que
d’aucuns estimeront gratuit, voire superfétatoire,
ne pèse heureusement d’aucun poids sur la faconde
de l’album, empreint d’une profonde
originalité orchestrale (cuivres et bois au menu) et
d’un sens du second degré digne des Herman
Düne, le genre mis à part. Le phrasé de
Mottet, un spoken word aux influences ska et hip hop, sert –
selon sa désormais bonne habitude – un sens du
flow et de la mélodie hors du commun, où
l’humour prend tout son sens. Devant une telle profusion de
bonnes idées (un coup de saxo par ici, une fanfare de
poivrots par là), difficile de mettre en avant un titre plus
qu’un autre, tant chaque morceau (et il y en a quatorze) se
démarque de son prédécesseur par
d’infinies trouvailles. Désormais
rebaptisé We Are Unique Records pour cause
d’homonymie, le label de Melatonine et Half Asleep est
toujours en aussi grande forme, ses artistes aussi. Merci pour eux.
Fabrice Vanoverberg
Si Hoepffner est le secret le mieux
gardé de la scène
Toulousaine, Angil était jusqu'il y a pas si longtemps le
secret le mieux gardé
de la scène Française. Ce disque est magnifique,
audacieux, et force le
respect. Espérons qu'il puisse sortir du milieu trop
fermé des mélomanes
curieux.
Le nouvel opus d'Angil &
the Hiddentracks a pour
postulat de ne contenir aucun E dans les textes, ni d’accord
Mi dans la musique
(noté E en anglais), un album lipogramme. OULIPO SALIVA est
une nouvelle
plongée sans limites dans le monde surréaliste
d'Angil. Le piano est la base de
nombreux titres, un vieil instrument désaccordé
qui participe à l'architecture
onirique des compositions . On retrouve également les
cuivres tour à tour
lancinants, plaintifs du jazz au hip hop en passant par la folk. Un
univers aux
influences mutiples que la pochette signée du dessinateur
Guillaume Long vient
souligner. On pourrait s'imaginer difficile l'accès
à cette dimension parallèle
mais c'est sans compter sur l'habilité d'Angil et de ses
Hiddentracks pour vous
perdre dans leurs errances musicales avant de vous saisir par un
thème martelé
et lancinant. Un album vraiment magnifique, issu d'une
démarche imaginative et
novatrice, que la Ferarock vous conseille vivement!
Auteur d'un disque aux
exhalaisons folk remarqué (Teaser for Matter, grand cru de
2004), Angil revient en cette année 2007 avec un nouvel
album qui fait la synthèse de ces trois années
occupées à multiplier les projets : The John
Venture, projet electro-folk-hip-hop mené en compagnie de BR
OAD WAY (dont on a bien l'intention de vous causer dans ces pages), des
collaborations du côté de chez Anticon (plus
particulièrement Jel et son abstract-hip-hop) ou de
l'electro-pop assombri de Laudanum...
A man (not) called E
Résultat, en arpentant ces chemins de traverse et en
croisant quelques inspirateurs de son art (le petit génie
Conor Oberst, plus connu sous le nom de Bright Eyes, Why?...), le
frenchy et ses Hiddntracks (un collectif d'une douzaine de musiciens)
ont peaufiné un opus trouble et inventif, une nouvelle
réussite au tableau de chasse d'un songwriter ludique et
soigneux. Joueur, Mickaël Mottet l'est via le postulat qui
fonde Ouliposaliva. Suite à une remarque comme une autre de
son saxophoniste, il décide de composer ce disque sans
utiliser la note Mi. Et comme le bonhomme a le goût du
défi, il décide d'écrire le tout sans
la lettre E, puisque dans le système anglo-saxon, il s'agit
du nom de cette note. Faisant fi de l'hommage à l'Ouvroir de
Littérature Potentielle de Queneau et La Disparition de
Perec, les persifleurs taxeront volontiers le musicien d'intello. Ce
serait oublier l'originalité de sa musique, qui hybride les
styles avec élégance, personnalité et
sensibilité : collages vocaux (école Camille,
sans le grain de folie mais avec l'âme grise) pour le sublime
In Purdah, instrumentations jazzy sans masturbation ni balai dans le
rectum, hip-hop dissonant aux cuivres solitaires et à la
batterie sèche (Trying To Fit), duo paisiblement planant
(Lift Trip To Mars, par endroits perturbé par un piano
angoissé)...
Comme pour mieux brouiller les repères, on trouve
également deux titres découpés en
épisodes, à savoir Do Not Think, dont la fanfare
bricolée pourrait accompagner dignement un enterrement
(comme cela se fait, de façon plus orchestrale, à
la Nouvelle-Orléans, en lieu et place d'un sinistre
requiem), et You Most, composition aride qui oscille entre free malade,
bruitisme expérimental et comptine « gloomy
» (le mot sombre manque de malice). Quelque soit le
procédé, Angil évite à
chaque fois la crevasse arty qui jouxte ses pas, ses arrangements
mesurés préférant
l'atmosphère et le sens du détail à la
prétention déplacée qui anime bien des
concept-albums. D'où la présence de ce piano
désaccordé qui ferait hurler plus d'un rigoriste.
C'est sans doute ce qui lui permet, sur Final List, de
déclamer d'amples « fuck you » sans que
l'on y trouve à redire, bien au contraire.
Cerise sur le gâteau, l'album est illustré en long
et large par les dessins griffonnés de Guillaume Long,
auteur d'Anatomie de l'Eponge. Avouez que ce serait dommage de le
pirater. Occasionnellement difficile d'accès, Ouliposaliva
est en tout cas un disque passionnant, qui vient s'ajouter aux
nombreuses pépites éditées par le
label We Are Unique Records (anciennement Unique Records tout court).
Zdenek
Angil est certainement l'un des électrons libres les plus
talentueux de notre chère scène hexagonale.
Après avoir livré un premier opus prometteur
(Teaser for a matter), après avoir tenté (et
réussi, tant qu'à faire) l'aventure The John
Venture, le bonhomme revient sur le devant de la scène avec
ses Hiddentracks, et prouve (si besoin est) que le talent et
l'originalité, ça le connaît.
Oulipo Saliva, tel est donc le nom de la galette en question. Pour
information, cet album est basé sur une figure de style
appelée lipogramme (dont, soit dit en passant, je n'avais
jamais entendu parler jusqu'à lors), qui consiste
à ne jamais utiliser une lettre dans la construction
syntaxique. En l'occurence, le E. Et, tant qu'à faire, Angil
a aussi retiré la note Mi de ses compositions
(notée E en anglais). Si l'idée peut
paraître saugrenue de prime abord, et laisser
présager des paroles bien maigrichonnes, Mickaël
Mottet surprend une fois encore : Oulipo Saliva n'est pas un simple
album concept un peu délirant, mais un opus
extrêmement riche, encore plus renforcé par cette
approche stylistique. Côté musique, s'essayer
à décrire les compositions de Oulipo Saliva
reviendrait à essayer de couper de l'acier avec un couteau
à beurre. Essayons, donc. Depuis Teaser for a matter, la
patte Angil est reconnaissable, avec cette envie de
construction/destruction et cette recherche quasi incessante de la
rupture. Oulipo Saliva oscille entre cuivres
légèrement bluesy/jazzy, des cordes peu
académiques mais diablement prenantes (In Purdah) se
heurtant à un phrasé dynamique et captivant,
fleurtant parfois avec le hip hop (Trying to fit). Et
délicieusement décalé.
Avec Oulipo Saliva, Angil (aidé de ses Hiddentracks)
franchit un palier supplémentaire et livre un album d'un
autre monde, que même la redondance (quasi
obligée) des textes ne saurait entâcher ne
serait-ce qu'un peu. La conclusion de cette chronique se doit de
respecter l'exercice de style auquel se sont
prêtés ces jeunes gens : Oulipo Saliva, du grand
art ! Bravo.
Anthony
Tout en anglais. Vous devez comprendre la langue de Leonard Cohen ou
Bob Dylan, des Rolling Stones ou Stevie Wonder pour pouvoir suivre
l'histoire que l'on vous raconte. La musique est douce et
variée, variée dans le doux, du moelleux
à la toile de jute, du velours au madras. Et le voyage se
poursuit de purdah en bouddhisme et en drogue. Voyage qui n'en finit
pas de chercher des pots, ou du « pot », pour y
faire leur bonne soupe musicale qui parfois s'enraye volontairement et
recherche alors un pot d'échappement. Mais comment
échapper à ce goût doux et
sucré de la canne douce, ce kani-bosm dont Moïse
faisait son Saint Chrême. Et la musique qui s'enraye
à nouveau dans un paradis indien qui n'a rien de bouddhiste
sauf à croire que la contemplation ombilicale de son propre
néant est une voie vers le nirvana. Pourtant la voix de cet
Angil pourrait nous faire penser à celle de quelque
sirène mâle qui veut nous charmer dans le royaume
des mots dans lequel « you just passed away », dans
lequel vous venez de trépasser. Piano et autre saxophone
tentent de nous faire chuter dans un miroir aux alouettes. Mais
définitivement arrêtez de penser et jouissez de
cette liqueur sirupeuse qui peut devenir obsessionnelle comme une
tête qui s'écrase contre un mur plus
épais que la sottise du monde. Et on peut toujours essayer
de « fit », mais il n'y a ni « fit
», ni « fix », ni « flip
», ni « fox », ni quoi que ce soit
d'autre que des « hits » comme autant de coups de
marteau sur la tête qui seraient si bons s'ils
s'arrêtaient, mais ils ne s'arrêteront jamais car
la société prend son pied à triturer
la patience des mollusques sociaux. Et on ne doit pas penser qu'ils
disent si bien que cela résonne comme une sombre
coulée vers le fond pour y survivre noyé
à la surface de Mars : de « think »
à « sink », il n'y a que la pas d'une
dentale. But why on the bloody berth of fucking shit you have to suck
and swallow to the last drop are these Stephanese singing and writing
in English. To hide their tracks I guess, to lead us to a passage to
India that will end in Hades. Inclassables disent certains. Oh que si.
Mais la classe n'a plus de moule. Il a été
jeté avec l'eau du bain quand on a remplacé les
Beatles par les surfants Beach Boys ou les Chippendales
exhibitionnistes. We are just back from the USSR, or maybe to the USSR.
Dr Jacques COULARDEAU, Université Paris Dauphine &
Université Paris 1 Panthéon Sorbonne
Angil aka Mickaël Mottet, stéphanois de 28 ans
déteste la répétition.
Remarqué en 2004 avec "Teaser for matter" puis via le projet
The John Venture, il oriente ici son folk toujours teinté
d'abstract hip-hop ("Trying to fit") vers le jazz en
étoffant de cuivres son groupe The Hiddntracks (l'exaltant
tryptique "You Most"). On retrouve aussi des sons de vynils, des
chœurs, des cordes et cette voix douce assez à
l'aise avec Shakespeare et sa bande pour se permettre des lipogrammes
en E.
Le rapport de la liberté à la règle,
Georges Perec ou l’ouvroir de littérature
potentielle… De mauvais souvenirs refont surface ? Sans le
« e » c’est du déjà
vu ; qu’à cela ne tienne, Angil éludera
en plus le « mi », les « mi »,
tant ceux du solfège que de la phonétique. Comme
dans le jargon pictural, Angil fait des séries. Musicales,
celles-ci ; « Do not think » part I, part II, et
part III s’immiscent avec une ingénue
furtivité entre les pistes. Comme dans le nouveau
réalisme, Angil frise la performance, acoustique ou
temporelle. Spécimen, « Oulipo saliva »
est un étrange et délicieux dosage de cuivres
extraits de leur jazz band (« Took no drugs, had no drink
»), de pop hors des carcans qui la définissent
usuellement (« In purdah »), de rythmique hip hop
(« Trying to fit »), d’interminables
ambiances évanescentes aussi (« Final list
»). À la limite de
l’expérimental, Angil ne joue pas pour autant le
jeu de l’élitisme, et propose un album proprement
hallucinant. De quoi définitivement revisiter les cours de
lettres modernes.
Laurence Masing
avevo sempre pensato che comprandomi l’anno scorso i cd dei
schneider tm e dei final fantasy mi fossi guadagnato il mio posto tra
coloro che ascoltano musica così trendy che non la conosce
nessuno e invece qualche giorno fa ho scoperto “oulipo
saliva” di tal ‘angil + hiddentracks’ che
si colloca perfettamente accanto agli altri due con un disco che
difficilmente riuscirò a togliere dal piatto, si fa per dire
sono tutti mp3. l’unico neo di questo disco sono le reclame:
infatti il disco l’ho scoperto andavo avanti e indietro per
http://www.we7.com l’idea che sta dietro a questo sito
è quella di vendere musica un po’ come
l’itunes music store, ma in più permette di
scaricare gratuitamente qualsiasi album, solo che prima di ogni brano
c’è qualche secondo di pubblicità.
il catalogo è interessante, in pratica
c’è l’ultimo album dei simple minds
fatto nel 2005, c’è un live di morrisey, i primi
album dei tangerine dream, l’ultimo dei charlatans uk,
insomma i rami secchissimi della produzione (tipo quella roba che nei
negozi di cd usati mette radici e dopo un po’ fa parte della
storia del negozio stesso e al negoziante fa anche dispiacere venderla,
anche perché il prezzo non è mai stato rivalutato
e ora costa tipo due euro) accanto a roba del tutto sconosciuta, ma
appunto in mezzo c’era anche questo angil che è
davvero fico fico.
e nello scrivere che angil è fico fico mi rendo conto di non
aver mai parlato di final fantasy, e dei loro album he poos clouds. lo
riassumo in: ragazzo omosessuale canadese + violino + momenti di genio
o quasi ma tutto sommato accessibilissimi, e roba fichetta. scarpe.
per dire, nello stesso tempo ho anche comperato l’ultimo di
suzanne vega e di prince e mi hanno talmente colpito che non so neppure
dove siano i cd in questo momento. per prince la cosa mi fa anche
piacere: mentre ascoltavo il cd mi chiedevo, ma perché, ma
perché sto ascoltando questa merdetta e poi mi è
venuto in mente: un tempo questo ragazzino era anche lui un fico, poi
ha fatto i soldi, ma li ha fatti male o gli hanno fatto male, forse
erano troppi vallo a sapere.
ecco un difetto vero di angil è che nell’ultima
canzone urla fuck fuck fuck fuck fuck, eccetera nella stessa maniera
identica in cui la tipa dei dresden dolls urlava sing sing sing sing
sing, una casualità cretina ma ogni volta che lo ascolto ho
questo deja-vu.
sempre meglio del penultimo di battiato che quando diceva: dovremo
attraversareeee per forzaaa, la portaaaa dello spavento, supreeeemo mi
mettevo a ridere e dicevo si vabbé franco ma vaffanculo eh.
oh niente di personale eh
Alors que Turzi
propose des chansons qui commencent toutes par la lettre A, Angil
reprend le procédé du romancier George
Perec : il a banni le E des paroles de son dernier album.
C’est cette référence à
l’oulipo (ouvroir de littérature potentielle)
qu’on retrouve dans le titre de cet album. Mais le plus
intéressant dans son album, c’est
qu’avec son groupe The Hiddentracks, il marie le souffle du
jazz et l’écriture pop... Ainsi le
Stéphanois Mickaël Mottet crée
l’oumupo : ouvroir de musique potentielle,
qu’on pourrait même appeler "oumupop",
c’est à dire une musique
décomplexée des influences anglo-saxonnes parfois
pesantes, et pesantes pour une raison simple : c’est
aux USA qu’est né le rock, et
côté européen en Grande Bretagne
qu’il a donné ses plus beaux fruits, la France se
contentant pendant quarante ans au moins des pâles copies, du
yéyé à
Téléphone. Aussi Mottet et Turzi se rejoignent
sur un point : on peut être européen et
faire du rock européen.
Alain
Cattet
Pour son second
essai, Mickaël Mottet, alias Angil, s’est
entouré d’une formation classique, voire jazzy
(les Hidden Tracks). On passe donc d’un univers folk
balayé de légers courants
électroniques (« Teaser for Matter », en
2004) à une orchestration miniature où se
bousculent cordes, cuivres et percussions. C’est inattendu
mais pas désagréable. Parfois pourtant,
l’univers poétique d’Angil se perd dans
des forêts de complexité, des détours
obscurs, compliquant inutilement l’intelligibilité
de cette œuvre aboutie. Sur « Ouliposaliva
», Angil flirte avec les styles sans jamais se borner aux
rituels d’usage. La pop de « Liftripto Mars
» se voit ainsi sabotée par un piano
désarticulé, le hip-hop façon Beck
sous morphine (« Trying to fit ») balance son
énergie sous les clairons d’un trombone
à coulisse. « Ouliposaliva » se veut
hommage contracté : au célèbre roman
de Georges Perec (« La Disparition ») et au
collectif ‘Oulipo’ de Raymond Quenaud. On salue ici
le travail d’un artisan, tisserand de perles sauvages,
véritablement inclassables.