LES INROCKUPTIBLES du 27 Juillet 2005 #504-505-506
Angil refond ses chansons
en trafiquant leurs rythmes et leurs structures.
Ca ne sautait pas aux oreilles en écoutant les folk-songs
érudites et turbulentes de son album Teaser for : matter,
mais Mickael Mottet, l’homme seul d’Angil, avait
envisagé « des rythmiques hip-hop ». Il
parle ainsi de « la grosse caisse chez Danger Mouse ou Aesop
Rock, utilisée comme un moyen d’appel aux
instincts… » Plus loin, dans la lettre
d’intention accompagnant ces quatre autoremixes, il
évoque aussi les percussions de Destiny’s Child,
Kelis ou Missy Elliott…Curieuse collision de deux mondes que
l’on pensait séparés par tout, un peu
comme apercevoir un jour Beyoncé au bras de Will Oldham. On
a ainsi parfois des amis intimes qui ne se connaissent pas, qui ne se
croiseront jamais, chacun réservé à
des moments précis : Angil les rassemble pourtant sur ce
très curieux exercice où, pour en avoir
reconstruit les rythmiques, il modifie aussi les structures et paroles
de quatre de ses chansons. Plus que des remixes, des impressions, des
discussions sur thèmes libres. Le Stéphanois
laisse ainsi ses chansons se putréfier, pour
rebâtir sur ces amas de chairs et de nerfs de nouveaux corps,
de nouvelles têtes. Pour féliciter cette
décomposition, chantons en cœur : allez les vers.
JD Beauvallet
D'un
concept pouvant virer au fumeux et à l'autosatisfaction de
son image dans le miroir, Angil réalise le média
nouveau, le remix nouvelle génération, le
piratage de sa production à des fins
révélatrices. En passant des chemins autres, avec
une signalisation chamboulée, Angil
révèle ces chansons à ceux qui
pouvaient encore douter du bien-fondé de notre
intérêt plus que marqué pour le
Stéphanois. Angil peut bien passer à la
moulinette de beck le formidable 1, ou encore reprendre les choses
où pavement les avaient commencé (2), il en
ressort toujours avec le sentiment de donner à son
idée de départ des branches que seul un tronc
solide pourrait supporter. Changeant les mots et les rythmes, tout est
appelé (quand il demande un cello, le cello arrive) tout est
accueilli avec un sens du savoir-vivre et de la réception
rare. Angil ne s'ouvre pas d'horizon avec ce disque, il affirme juste
que le présent ne sera toujours chez lui un temps
figé, il y vivra, plaçant les bases de son
inspiration et de sa création, dans un nouveau tourbillon
créateur lui-même….Et ainsi de suite.
Angil une fusion à la douceur d'une caresse chaude.
Gdo
Angil nous revient , un an après la sortie de Teaser For :
Matter, qui nous trotte encore dans la tête, avec quelques
morceaux auxquels il a choisi d’offrir une seconde vie
parallèle, plus confidentielle aussi, honorant une jolie
initiative : c’est en effet comme cadeau aux
adhérents de sa Hidden list (petite communauté
favorisant les interactions entre le groupe et le public),
qu’ est proposé ce Matter, mini-cd ( au sens
propre) réunissant 4 « auto-remixes »
créés à partir de morceaux figurant
sur le premier album. Une occasion de redécouvrir sous un
autre jour, quelques uns des bijoux de ce disque. Et pour les
néophytes, l’occasion d’un premier
contact privilégié avec le monde
particulièrement attachant d’Angil.
Il y a quelque chose de délicatement ludique et
léger dans l’approche musicale de Mickaël
Mottet, qui n’est pas contradictoire avec cette
mélancolie, qui perce notamment,
indéfectiblement, dans sa voix. Cette forme de jeu musical
est sensible dans l’idée même de ce
disque : format de poche pour des relectures à contraintes :
accords mineurs devenus accords majeurs et vice-versa… Angil
s’est semble-t-il amusé, ne gardant que
l’ossature rythmique des morceaux et quelques arrangements, a
réécrit des paroles, si bien que les nouveaux
morceaux se démarquent singulièrement de leurs
originaux, et peuvent être appréciés
comme des recréations inspirées plus que comme
des déclinaisons. Demeure ce sens inné de
l’alliance ouvragée entre arrangements grisants et
vague à l’âme tranquille qui fait des
merveilles à nouveau et confirme tout le bien que
l’on pense de ce musicien.
On conseillera également l’écoute du
single Beginning of the fall, deuxième cadeau. Ce titre
phare de l’album, ici légèrement
remanié, est agrémenté d’un
morceau uniquement joué live, le très touchant My
time waiting, qui égrène sa mélancolie
lancinante, soulignée du frottement d’un beat
discret, soutenue par des chœurs et
l’échappée belle d’un
saxophone arrangé en couches superposées, pour un
final jazz. Troisième titre, If I stumbled? , morceau
doux-amer où la douceur cohabite délicieusement
avec de lointaines dissonances.
Grâce à ce système de Hidden List,
Angil permet aux auditeurs de découvrir quelques recoins
intimes de son univers musical. Et nous prouve au passage, mais on le
savait déjà, qu’il est un
façonneur de talent de cette matière folk pop
qu’il travaille avec gourmandise, comme en attestent ces
impeccables morceaux.
Imogen
Mais, plus encore que ce premier single déjà
très bon en soi, le second disque, "Matter", est
époustouflant de maîtrise. Angil y
étale son talent de faiseur de mélodies en
déstructurant les chansons de son dernier album, en
s'auto-samplant, en partant d'un rythme, d'une ligne de basse pour en
tirer la structure des nouveaux morceaux. "The 60's" est une longue
promenade en compagnie des choeurs de "No more guitars", "Gemini"
explose la nonchalence de "Dolaytrim", "Jim Putman" est un
délice absolu de trois minutes et "John Wayne" ferme le
disque bercé par sa ligne de basse et ses choeurs enivrants.
Les différents traitements se succèdent au cours
des quatre titres, mais le ressenti est le même : Angil est
toujours doté de cette faculté à
bâtir des mélodies qui touchent, à
créer des climats et des atmosphères
enveloppants. Avec notamment, un travail remarquable de
précision au niveau des voix.
Ces disques sont deux réussites de plus à mettre
à l'actif de Mickaël Mottet, qui n'en finit plus
d'impressionner à chaque nouvelle sortie. Bientôt
la consécration ?
"- Et la sonnerie de portable ?"
"- Bon, t'es gentil Pascal, ton deuxième jacuzzi, il
attendra bien l'année prochaine hein !"
Rodérick